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Selon une étude Yougov réalisée en 2022 pour le site Gleeden, 42 % des Français admettent avoir été infidèles au moins une fois. Certaines estimations vont même plus loin : près d'un Français sur deux affirme avoir trompé son partenaire au cours de sa vie. Ces chiffres sont vertigineux, et pourtant, ils ne disent rien de ce qui se passe après. Après le choc. Après la révélation. Après la question qui surgit inévitablement : est-ce qu'on peut s'en sortir ?
Pourquoi l'infidélité survient-elle, et que ressent-on après ?
L'infidélité n'a jamais une seule explication. Un manque de communication installé depuis des mois, un éloignement émotionnel progressif, une crise personnelle profonde (peur de vieillir, perte de repères, questionnement existentiel), des besoins affectifs ou physiques non comblés, parfois un déficit d'estime de soi : les causes s'accumulent, se superposent. La trahison est souvent le symptôme d'un déséquilibre plus ancien dans la relation.
Comprendre ce qui s'est passé ne signifie pas excuser l'acte. Mais identifier les causes permet de sortir de la seule douleur de la trahison pour ouvrir la voie à un vrai travail de fond. C'est une nuance essentielle.
Côté émotionnel, la personne trahie traverse généralement plusieurs phases. Elles ne sont pas linéaires : on peut avancer, reculer, rechuter.
- Le choc et le déni : les premiers jours sont souvent marqués par l'incrédulité.
- La colère et la douleur : la réalité s'impose brutalement.
- Le questionnement obsessionnel : les détails deviennent une obsession envahissante.
- La négociation : peut-on sauver ce couple ?
- La décision : rester ou partir, avec du recul et, idéalement, un accompagnement.
Diane Young, spécialiste des traumatismes et psychothérapeute, rappelle que ce traumatisme, s'il n'est pas traité, peut entraîner anxiété, dépression et difficultés durables à créer de nouvelles relations. Le premier pas vers la guérison reste l'acceptation de ce qui s'est passé, par les deux partenaires.
Retrouver la confiance : les étapes concrètes pour avancer

Reconstruire après une infidélité, c'est possible. Mais ce n'est pas revenir à ce qu'on était avant. C'est devenir un autre couple, quelquefois plus solide. La thérapeute Morgan Johnson, autrice de Quand la confiance est brisée (éditions de L'Homme), le dit clairement : l'adage "trompeur un jour, trompeur toujours" ne se vérifie pas systématiquement. Rester et travailler la relation demande du courage, pas de la faiblesse.
Sheri Ann Meyers, thérapeute de couple avec plus de 20 ans d'expérience et autrice de Chatting or Cheating, propose une approche en sept étapes. Voici les fondations essentielles :
| Étape | Ce que ça implique concrètement |
|---|---|
| Prendre du temps | Ne pas décider de rester ou partir dans les jours qui suivent |
| Exprimer ses sentiments | Pleurer, poser des questions, s'énerver, sans censure |
| Vérifier les besoins de l'autre | Les deux partenaires doivent s'impliquer activement |
| Faire des promesses tenables | Rien que ce qu'on peut vraiment respecter |
| Pratiquer les 3 A | Affection, Attention, Appréciation au quotidien |
Nathalie Giraud Desforges, thérapeute de couple, sexothérapeute et fondatrice de PimentRose, insiste sur la qualité des moments d'échange. Choisir un moment calme, loin des distractions, regarder son partenaire dans les yeux, lui prendre les mains : ces gestes simples créent une connexion authentique. Être vulnérable prouve la volonté d'être honnête.
Kathy Offet-Gartner, psychologue à l'université Mount Royal à Calgary, ajoute que les engagements pris sous la contrainte ont peu de chances d'être tenus. Promettre, menacer ou lancer un ultimatum ne fonctionne pas. Ce qui fonctionne : maintenir le dialogue, tenir parole au quotidien, et réfléchir à ce qu'on peut faire pour que l'autre se sente en sécurité, entendu et respecté.
Les erreurs qui freinent la reconstruction et les signes que ça avance
Certains réflexes, compréhensibles après une trahison, sabotent la réconciliation. Surveiller le téléphone de l'autre en permanence, chercher à se venger, confier la situation à tout l'entourage, ou au contraire faire comme si rien ne s'était passé : ces comportements maintiennent la blessure ouverte. Vicki-Anne Rodrigue, psychothérapeute, met également en garde contre la posture du "je te pardonne mais si tu recommences c'est terminé". Ce type de marché est déjà signe de défiance.
Il est aussi significatif de distinguer les excuses pour l'acte lui-même de celles qui concernent la manière dont l'infidélité a été découverte. La personne infidèle doit reconnaître la douleur causée, pas seulement se justifier.
Morgan Johnson conseille de dresser une liste écrite des accords communs, et de célébrer les petites victoires. Passer de la immense souffrance à une relative neutralité, c'est déjà un progrès réel. "Nous devons passer du négatif au neutre avant de pouvoir passer du neutre au positif", dit-elle. Ensemble, listez cinq activités qui permettent d'atteindre cet état d'esprit, inscrivez-les au calendrier, et évaluez chaque semaine si vous y êtes parvenus.
Les signes que la relation commence à guérir sont discrets mais concrets : une communication sans violence, une plus grande disponibilité à résoudre les conflits, et des moments partagés qui ne sont plus douloureux.
Faire appel à un thérapeute de couple pour aller plus loin
Quand le dialogue à deux devient impossible, un thérapeute de couple intervient comme tiers neutre. Son rôle n'est pas de prendre parti mais de créer un espace où la parole circule, où la douleur peut s'exprimer dans un cadre contenu, et où les deux partenaires peuvent décider ensemble de la suite, qu'il s'agisse de reconstruction ou de séparation.
Bertrand Duvergé, psychothérapeute en thérapies brèves et thérapeute de couple depuis 12 ans, exerce à La Bassée, à environ 20 minutes de Lille, Lens et Béthune. Un premier appel de 5 minutes suffit pour faire le point. Ce type d'accompagnement permet de comprendre ce qui s'est passé au-delà de l'acte lui-même, et de poser de nouvelles bases avec des règles claires.
Attention d'un autre côté : tous les couples ne peuvent pas être reconstruits. Si l'un des partenaires présente des troubles non traités (dépression, stress post-traumatique), ou si la relation comporte des dynamiques toxiques ou abusives, l'accompagnement individuel par un psychologue ou psychiatre devient prioritaire. En cas de danger, les numéros 17 (police) et 3919 (numéro national d'écoute des femmes victimes de violences) ainsi que des organisations comme La Maison des femmes ou la fédération Solidarités femmes peuvent orienter et protéger.
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